Les vignes sulfatées au petit-lait

VITICULTURE - 500 hectares de vignes romandes seront traités avec des produits naturels, dont du lait maigre.

 

Des hélicoptères qui sulfatent des vignes en emportant, notamment, du… lait maigre. Cette nouvelle solution prend de l’ampleur dans les vignobles valaisans et vaudois surtout. Cette année, ce sont 500 hectares, répartis dans toute la Romandie, qui seront traités avec cette méthode naturelle.

 

Des recettes de grand-père

Pascal Roduit, qui travaille pour l’entreprise spécialisée Agribort phyto, raconte les débuts de l’aventure. «Nous avons démarré ce pari écologique et lacté il y a sept ans. Nous étions quatre copains et nous avons été pris pour des farfelus. Puis, nous avons été rejoints par les stations fédérales de recherche.» Plusieurs produits naturels pouvant servir de solution de remplacement aux épandages chimiques ont été testés. Le lait maigre a été expérimenté dès le début. «Pour commencer, nous avons regardé les recettes de grand-père et de grand-mère. Ce ne sont pas les substances que nous utilisons qui sont novatrices, mais leur alliage.»

 

Le lait maigre, ou le petit-lait, présente des caractéristiques intéressantes. Mais employé seul, il n’apporte pas suffisamment de bienfaits dans la lutte contre les maladies. «Le lait permet d’utiliser jusqu’à la moitié moins de cuivre. Parce que les sucres contenus naturellement dans le lait collent le cuivre, ce qui augmente son efficacité.»

 

Testé par les stations de recherche

Ces méthodes naturelles ont intéressé les stations de recherche. Pierre-Henri Dubuis, d’Agroscope, évoque les tests d’efficacité de l’emploi du petit-lait pour la lutte contre les maladies. «Des essais ont été menés, avec des épandages par hélicoptère, ces dernières années. L’efficacité contre l’oïdium et le mildiou d’un mélange de cuivre, de soufre mouillable et de lait maigre a présenté une bonne efficacité.»

Les résultats des essais convainquent de nouveaux adeptes. «L’intérêt des viticulteurs est grandissant. Dans le Lavaux, tout le monde passe au traitement sans produits de synthèse. C’est une option de substitution à la chimie intéressante. Mais les essais concluants ont toujours été réalisés avec du cuivre qui s’accumule dans le sol. Ces essais sont donc intéressants, mais ces utilisations nécessitent un suivi et des traitements au sol sont nécessaires si des maladies s’installent. Et le spécialiste d’ajouter une petite nuance: Nous n’avons pas d’expérience en année de forte présence de mildiou.»

 

Un Valaisan convaincu

Fabrice Bétrisey, du Domaine Vocat à Noës, est l’un des initiateurs de cette pratique. Il en reste un adepte convaincu. «Cette année, pratiquement tous les 30ha du domaine seront protégés avec ce type de traitement.» Pour lui, la méthode présente des avantages. «De nombreuses restrictions vont toucher les produits chimiques. Et puis, j’ai depuis longtemps la volonté de travailler avec la nature.»

 

Naturel, mais pas bio

Même si des produits naturels sont utilisés, il n’est pas possible de parler de bio en raison de l’utilisation de l’hélicoptère. Un moyen qui augmente l’efficacité des traitements et qui facilite le travail des vignerons, même si des applications au sol restent souvent nécessaires en complément.

 

Les expérimentations en vue de se passer d’un maximum de chimie se poursuivent. Un anti-botrytis à base d’algues et de minéraux va être utilisé et un essai d’utilisation de talc pour réduire les teneurs en cuivre des produits épandus va être mené. Des herbicides sans produits de synthèse seront aussi testés.

 

Pour la santé et l’image

«Nous cherchons avant tout à trouver des solutions respectueuses de l’environnement», assure Pascal Roduit. Par idéal, pour la santé des vignerons et celle des consommateurs. Mais ces démarches sont là aussi pour améliorer l’image de la viticulture, ce qui pourrait aussi donner un petit coup de pouce économique. Ce qui n’est pas à négliger non plus.


Article du Nouvelliste

 

Sion, le lundi 21 mars 2016 à 14h30

Copyright François Mamin

 

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