Hermann Geiger : un demi-siècle de légende

Hermann Geiger Il y a cinquante ans, le pilote des glaciers se tuait dans le crash de son avion. Depuis, sa place dans l’histoire ne saurait être oubliée.
 
 
Hermann Geiger entre, encore jeune, dans la plus belle légende valaisanne. Ces mots sont ceux du «Nouvelliste» il y a exactement cinquante ans lorsque celui qu’on surnommait le pilote des glaciers, dans le cockpit de son Piper, percute un planeur qui se trouve au-dessus de lui. L’homme aux 15 000 atterrissages sur des glaciers et aux 4000 opérations de sauvetage tombe: 25 mètres de chute libre sur la piste de l’aérodrome de Sion. Bruno Bagnoud, avec qui Geiger avait fondé Air-Glaciers un an auparavant, se souvient de l’avoir transporté à l’hôpital en hélicoptère. Rien n’y fera. «C’était un grand choc, les gens n’y croyaient pas», lâche-t-il.
 

Trouver sa place dans l’histoire

 
Cinquante ans après, une rue de Sion porte son nom. La fresque de son visage orne un immeuble et on ne saurait rester insensible aux traits de gentleman charmeur qui se confondraient assez aisément avec ceux d’un célèbre agent secret anglais. Un James Bond au destin de James Dean. Mais savons-nous vraiment à quel point ce Saviésan, né dans une famille de 14 enfants, est à l’origine d’une révolution et quelle place il a prise dans l’histoire? «Avant sa mort, on ne le voyait pas comme un héros, c’était normal pour lui, pour nous aussi», se souvient son fils Pierre Geiger, aujourd’hui âgé de 69 ans et qui a passé sa vie comme mécanicien sur hélicoptère, ça ne s’invente pas.
 
Le plus grand mérite de ce prodige de l’aviation n’est pas seulement d’avoir réussi à se poser sur presque tous les glaciers du canton (sauf huit) en plantant des skis sous son Piper Super Cub. C’est aussi d’avoir littéralement créé le sauvetage en montagne. «Les Chinois ont inventé la poudre, les Grecs la philosophie et Hermann Geiger le sauvetage», résume le médecin-sauveteur de la Maison du sauvetage Pierre Féraud. Passionné et fin connaisseur de l’histoire du pionnier, il martèle la fierté de s’inscrire dans la lignée d’un tel homme qui mérite sa place au côté de Guillaume Tell ou de Winkelried.
 

Le sauvetage, avant tout

 
Depuis son premier atterrissage sur le glacier de la Kander en 1952, inspiré du vol des aigles et des choucas que le jeune Hermann observait lorsqu’il gardait les chèvres, il était devenu «la bonne à tout faire des Alpes». Ravitaillement de cabanes, largage de bombes pour déclencher des avalanches, transport de matériel ou de personnes, il cumulait parfois jusqu’à 30 vols par jour.
 
«Mais notre activité primordiale est celle du sauvetage en montagne», répondait-il au «Nouvelliste» le 14 décembre 1957. Pierre Féraud corrobore: «Il interrompait n’importe quelle mission pour se lancer sur un sauvetage.»«Et il était tout seul, il n’y avait pas d’autre hélicoptère pour venir le chercher. Il travaillait du lundi au dimanche sans arrêt, j’ai vécu mon enfance sur le tarmac de l’aéroport», se remémore son fils. Son épouse, Hilda, y travaillait également, gérant l’administratif. «Son aide était indispensable car Hermann détestait la paperasse. Il voulait voler, tout le temps», rappelle Bruno Bagnoud.

 

Personnage médiatique

 
Les journaux de l’époque ne tarissent pas d’éloges. Il ne se passe pas deux semaines sans qu’on évoque «un nouvel exploit de l’as-pilote Geiger», «encore un record d’altitude pour le saint-bernard volant», «3 chutes au Bietschhorn et 3 sauvetages de Geiger». Dans des conférences un peu partout, l’homme construit sa légende. «Il est arrivé à un tournant de l’histoire et par sa prestance, son aura et son utilisation des nouveaux médias audiovisuels il s’est construit son personnage. Le pic de son activité intervient au moment où l’alpinisme vit ses dernières conquêtes dans les faces nord. L’arrivée du sauvetage aérien par Geiger, c’est le dernier volet de la grande conquête des Alpes», détaille Jean-Henry Papilloud, président de la Société d’histoire du Valais.
 

545 vies sauvées

 
Dans ses carnets de vols cédés en 2012 aux Archives de l’Etat du Valais, Hermann Geiger ne mentionne presque jamais d’exploit. On trouve quelques observations d’atterrissages notables au-dessus de 4000 mètres ou encore l’apposition ponctuelle du nombre de blessés transportés. Le reste est une succession vertigineuse de chiffres, de noms de glaciers, et d’heures de vol. Mais on ne retiendra qu’un seul chiffre qui ne figure pas dans ce carnet. 545. Comme autant de vies humaines que le pilote des glaciers a sauvées. Des Valaisans, des Suisses mais aussi des étrangers de toutes les nationalités. On peut donc imaginer qu’en divers horizons, il y a des enfants, des petits-enfants ou des arrière-petits-enfants qui n’auraient pas vu le jour si le saint-bernard volant n’avait pas décollé pour secourir leurs ancêtres. Et ce, sans compter la grande tradition du sauvetage en montagne qu’il a instaurée. «Et quand vous mourez en ayant ce sentiment d’avoir accompli quelque chose dans votre vie, c’est plus facile à accepter», conclut son fils. Plus qu’une légende, Hermann Geiger est, cinquante ans plus tard, un mythe. 
 
Copyright Le Nouvelliste - julien wicky
 

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Sion, le lundi 29 août 2016 à 10h