Notre "Loulou" Locher a atteint les 15'000 heures de vol

Aviation - Jean-Louis Locher a récemment dépassé le cap des 15’000 heures de vol. Retour sur une carrière à l’image du pilote: musclée.

15'000 heures de vol. Griffonné au bas d’un carnet ou au fond d’un tabulateur Excel, ce chiffre passerait presque inaperçu. Pour bien prendre la mesure de ce qu’il représente, il faut transformer les heures en jours puis les jours en année: 625 jours soit pas loin de deux ans, à trois mois près.
Ce laps de temps, c’est celui qui Jean-Louis Locher a passé dans les airs à piloter des hélicoptères d’Air-Glaciers. Le virtuose est désormais le pilote de la société qui cumule le plus d’heures au compteur. Un constat qui ne surprend pas vraiment Patrick Fauchère, chef pilote de la compagnie: «Jean-Louis fait une carrière extraordinaire. C’est quelqu’un de droit comme un «i» et de serviable. Sa pratique du sport à haut niveau lui a amené une rigueur et une motivation hors-norme.»
 
"J'avais un peu le vertige"
Car rien ne prédestinait le Sierrois à prendre la voie des airs. Son domaine de prédilection, c’était la glace. Jean-Louis Locher était joueur de hockey professionnel notamment au sein du HC Sierre des grandes années. Il évoluait au poste de défenseur, une fonction assez évidente lorsque l’on voit la carrure format XXXL du pilote. A 21 ans, le sportif s’est mis à réfléchir à son avenir: «J’étais dans une phase positive et entouré de personnes influentes.»
Deux choix s’offrent alors à lui: le pilotage d’hélicoptères ou une carrière dans les «computers» qui débarquent sur le marché. Il choisit la première option, prend contact avec Bruno Bagnoud mais fixe une seule condition. «J’avais un peu le vertige. Je voulais juste être sûr que ça me plaisait.» Le patron d’Air-Glaciers lui donne rendez-vous quelques jours plus tard pour une balade aérienne. Après vingt minutes sur les Alpes, Jean-Louis demande s’il peut commencer sa licence immédiatement.
100'000 francs et pas mal d’heures plus tard, Jean-Louis Locher décroche le graal tout en poursuivant sa carrière de sportif. «C’est déjà quelque chose d’assez exceptionnel de se payer même une licence surtout à l’époque», se souvient Bruno Bagnoud, patron d’Air-Glaciers. C’est l’épouse de Jean-Louis qui lui amène le précieux document lors d’un camp d’entraînement à Leysin. Mener de front sa carrière de hockeyeur et sa passion pour les hélicoptères va cependant s’avérer plus difficile que prévu.

Engagé grâce à une interview dans le Matin
En 1985, le jeune pilote peine à atteindre le nombre d’heures exigé et songe à se consacrer entièrement aux hélicoptères. Il tente un ultime baroud et profite d’une interview dans le Matin pour faire passer un message: «J’avais dit que je signerai dans n’importe quel club qui me permettrait de voler à côté. Même Tolochenaz», se marre le colosse. Ambri est sur les rangs mais c’est le Martigny de René Grand de qui l’emporte grâce à ses contacts avec Bruno Bagnoud.
 
Son épouse est de nouveau la messagère et Jean-Louis apprend la bonne nouvelle depuis une cabine de la gare de Sion. Nous sommes le 1er avril 1986, le pilote signe son premier contrat chez Air-Glaciers. Il n’en repartira plus jamais. «Loulou» est d’une fidélité extraordinaire! C’est un employé modèle qui s’entend bien avec tout le monde», indique Bruno Bagnoud.
"Notre job c'est de voler, pas de tenir des thèses"
Jean-Louis Locher débute sa carrière comme pilote agricole, au «spray» comme on dit dans le milieu. Sulfater les vignes va devenir son quotidien au point que 6000 de ses 15'000 heures de vol ont été consacrées à cette activité. «J’aime tous les vols mais les vignes c’est le plus beau! On épouse le relief à cinq ou dix mètres sol. C’est magnifique.»
Pour le boss d’Air-Glaciers, «Loulou» «n’est heureux que dans les airs» : ce qu’il aime, c’est voler. On doit parfois le calmer parce qu’avec son physique, il peut enchaîner sept heures et il en redemande encore. S’il aime voler, il est par contre allergique à l’administration. «Avec son expérience, on lui a proposé des responsabilités mais il n’a rien voulu en savoir. Les rapports, très peu pour lui», sourit Bruno Bagnoud. «Notre boulot c’est de voler, pas de tenir des thèses», résume Jean-Louis.
 
Rien n'égale un sauvetage
Si les plus belles sensations sont dans les vignes, le sauvetage reste évidemment l’activité la plus gratifiante. «Rien n’égale un sauvetage. Sauver une vie, c’est beaucoup plus fort qu’un but au hockey.» Des sauvetages, il en a effectué plein. Le plus marquant restera celui d’un jeune égaré dans la Gryonne (région de Villars) en 1986 et retrouvé au fond d’une combe après 72 heures à errer dans la neige.
Le pire c’est d’avoir dû abandonner les recherches de deux alpinistes disparus vers Arolla en 2014. «Il y avait des vents de 100 km/h et 150 mètres de visibilité. La machine commençait à givrer. Je le dis pas souvent mais là j’ai annoncé qu’on était au bout des possibilités et on a été contraints d’abandonner alors qu’on était tout près des victimes.»

Il se battra pour voler encore cinq ans
Ce retour dans le temps lui provoque une pointe de nostalgie. «Les choses ont bien changé. Avant on participait vraiment à la mission, on aidait à porter le patient. Maintenant on ne fait plus que piloter. Les sauvetages sur les pistes, c’est plus du ramassage qu’autre chose.» Pour ne rien arranger, Jean-Louis Locher n’a pas été formé sur le biturbine qui est l’hélicoptère prioritaire pour les sauvetages. Comme l’Europe fixe la limite à soixante ans, Jean-Louis ne peut pas quitter le territoire suisse en cas mission qui nécessiterait d’intervenir hors des frontières nationales.
Une limite, bilatérales obligent, que les compagnies helvétiques combattent vivement. «J’ai bon espoir que l’on obtienne gain de cause. C’est important de former des jeunes mais un pilote comme Loulou, je peux l’envoyer sur toutes les missions les yeux fermés. Il faudrait être fou pour se passer d’une telle expérience», fulmine le patron d’Air-Glaciers. De son côté Jean-Louis Locher annonce la couleur: il espère arriver à 16'500 heures de vol. Et bonne chance à celui qui voudrait l’en empêcher.
 
Source : Le Nouvelliste
 
Sion, le mardi 12 septembre 2017 à 10h